Burning Spear, portrait

Difficile de parler de reggae sans évoquer le nom de Burning Spear. Aux côtés de Bob Marley, l’histoire retiendra le nom de celui qui développa un reggae puisant largement dans la spiritualité et les thèmes rastas mais aussi les dénonciations de la condition des Noirs. Un artiste prolifique qui diffuse son message depuis maintenant plus de quarante ans.
Winston Rodney est né en 1948 dans la baie de Sainte Ann, en Jamaïque. Le pseudonyme de Burning Spear (le “javelot enflammé”) est emprunté à Jomo Kenyatta, président du Kenya de 1964 à 1978 et leader des Mau Mau, un mouvement militant nationaliste anti-britannique. C’est Bob Marley qui le dirige vers Studio One, porte d’entrée du reggae à l’époque. “Door Peep”, son tout premier enregistrement pour Coxsone Dodd, sort en 1966.
Burning Spear devient un trio avec l’arrivée du chanteur Rupert Willington suivie de celle de Delroy Hinds, le frère de Justin. Après une série de single dont le hit de 1972, Joe Frazier (He Prayed), le trio sort son premier album chez Studio One. Un disque indispensable au même titre que “Rocking Time”, sorti en 1974. Le charisme de Winston, soutenu par les chœurs envoûtants de ses deux collègues, appuie des paroles chargées d’émotion et de colère envers l’oppresseur. Le tout avec un sens profond de spiritualité rasta. Spear se sépare de Dodd pour rejoindre l’écurie de Lawrence Lindo, alias Jack Ruby. Leur première session d’enregistrement avec les Black Disciples (Earl Chinna Smith, Tommy McCook, Horsemouth Wallace…) aboutit à l’indispensable “Marcus Garvey” en 1975. Le single du même nom est un immense succès, suivi de celui de Slavery Days. Publié par Island, l’album s’assure une notoriété mondiale.
Afin de garder le contrôle de sa musique, Winston Rodney monte son propre label : Spear. Sur cette structure paraîtront plusieurs single de qualité dont Travelling (un remix de Journey), Spear Burning et The Youth Sa dernière collaboration avec Jack Ruby sera l’album “Man In The Hills”, édité en 1976 par Island Records. Winston se sépare ensuite de ses deux choristes pour continuer l’aventure en solo, toujours sous le nom de Burning Spear. Il produira lui même l’album suivant, “Dry and Heavy”, enregistré dans les studios Harry J’s en Jamaïque.
Reconnaissance tardive
Alors que son nom avait déjà commencé à faire le tour du monde, ce n’est qu’en 1977 que Spear pose le pied en Angleterre. Il s’y produit en compagnie du groupe local Aswad, au Rainbow Theatre de Londres. Ce show anthologique sera immortalisé sur l’album “Live”, publié en 1977 par Island. Ce sont d’ailleurs des musiciens d’Aswad qui viennent en renfort des Black Disciples sur les compositions de “Marcus Children” en 1978. Egalement sorti sous le nom “Social Living” chez Island, cet album singulier et essentiel mêle des influences jazz à une vibe roots. Quittant Island, Burning Spear signe son nouveau label Burning Music chez EMI. Co-produit par Aston “Family Man” Barrett, le bassiste des Wailers, “Hail H.I.M.” est enregistré au studio Tuff Gong avec les Wailers, dernier volet d’une série de cinq albums indispensables démarrée avec “Marcus Garvey”. La suite est moins prolifique.
Dans les années 80, Burning Spear subit comme tous les artistes roots la vague digitale. C’est pourtant pendant cette période, et grâce à des apparitions récurrentes au Reggae Sunsplash qu’il s’exporte le mieux, ce qui lui vaut d’être nominé à plusieurs reprises aux Grammy Awards, sans qu’il l’emporte. Tardive, la reconnaissance arrive en 2000 : il remporte enfin le Grammy Award tant de fois frôlé, qui récompense “Calling Rastafari”, sorti en 1999. Une reconnaissance internationale qui ne met pas pour autant fin à ses problèmes financiers récurrents avec ses différents producteurs (lire interview). Producteur de ses concerts dans les années 90, il multiplie les tournées internationales. Avec son label Burning Spear, qui accueille “Free Man” en 2003 puis “Our Music” en 2005, il peut désormais toucher les fruits de son travail.